L’exposition

La composante première d’une photographie est la lumière : sans lumière, pas de photo. La qualité de la lumière qui va éclairer une scène, un portrait ou un paysage, va influer directement sur la qualité d’une photographie, aussi bien sur l’esthétique que sur l’intérêt de celle-ci.

Voici quelques un des principes de base.

Le bon dosage de l’exposition

Même si c’est une notion qui reste très subjective, une bonne photographie est une photographie correctement exposée. Beaucoup considèreront une photo trop claire (sur-exposée,) ou trop sombre (sous-exposée) comme étant ratée.

Mais pourquoi une photo est-elle trop claire ou trop sombre ? Simplement parce que la dose de lumière qui est arrivée sur la pellicule ou le capteur a été soit trop importante, soit trop faible. En effet, pour qu’une photographie soit correctement exposée, il faut bien doser la quantité de lumière reçue par l’appareil photo. Cette lumière vient du sujet, de la scène autour du sujet, et bien entendu de la source de lumière elle même (soleil, ciel, lampadaire, etc.). Ce dosage s’effectue au niveau de l’appareil photo en jouant principalement sur la vitesse d’obturation, et sur l’ouverture du diaphragme de l’objectif.

Deux principes essentiels :

  • plus la durée d’exposition est longue, plus la quantité cumulée de lumière qui parvient sur le capteur ou la pellicule photo est importante. La durée d’exposition se mesure en secondes (pour les longues expositions, lorsque l’on photographie une scène très sombre – trépied obligatoire !), et plus fréquemment dixièmes, centièmes ou millièmes de secondes (ex : 1/10°, 1/30°, 1/125°, 1/1000°.) Les durées d’exposition très courtes, telles que le 1/500° de secondes ou le millième de secondes ont pour effet de figer le mouvement (utiles pour les photos de sport par exemple).
  • plus l’ouverture du diaphragme de l’objectif est grande, plus on augmente la quantité de lumière qui passe à travers l’objectif. Le principe de fonctionnement du diaphragme d’un appareil photo est identique à celui de la pupille de votre œil : vous remarquerez ainsi que votre pupille est contractée lorsque vous êtes en plein soleil, et dilatée si vous êtes dans une pièce sombre la nuit. Votre œil dose la quantité de lumière qu’il reçoit en élargissant ou rétrécissant cette ouverture. La diaphragme de votre appareil photo joue exactement le même rôle. Un détail qu’il faut connaître concernant le réglage du diaphragme, plus le chiffre est petit et plus l’ouverture du diaphragme est grande. Ainsi une ouverture f4 sera très grande et laissera passer beaucoup de lumière, tandis qu’un diaphragme réglé sur f16 laissera passer la lumière par un orifice bien plus étroit.
Exemples d’ouvertures d’un diaphragme

Exposer correctement une photographie revient donc essentiellement à ajuster les deux principaux paramètres que sont la durée d’exposition et l’ouverture du diaphragme, en fonction de la luminosité de la scène à photographier. Ces deux paramètres sont liés l’un à l’autre. Pour comprendre ce principe, prenons l’exemple d’une situation où la lumière éclairant une scène reste constante : plus j’augmente la vitesse d’obturation, plus je dois ouvrir le diaphragme de l’objectif pour compenser la perte de lumière. A l’inverse, plus je diminue la vitesse d’obturation, plus je dois fermer l’ouverture du diaphragme pour compenser l’excès de lumière, car le capteur ou la pellicule sont dans ce cas exposés plus longtemps.

Mais comment déterminer la bonne exposition pour une photographie ? En effet la luminosité d’une scène à une autre varie beaucoup. Les photographes ont longtemps utilisé un accessoire dédié : le posemètre. Cet appareil calcule la vitesse d’exposition et l’ouverture conseillés en fonction de la luminosité d’une scène.

Rassurez-vous, tous les appareils photos modernes, qu’ils soient argentiques ou numériques, ont leur propre posemètre intégré, qui va calculer automatiquement le bon réglage d’exposition. De plus, les appareils les plus avancés (boitiers reflex, bridges, hybrides, ou certains « compacts experts »), permettent d’intervenir manuellement sur ces réglages. Il s’agit des réglages P, A, S et M, que l’on trouve en général sur une molette dédiée à cet effet. On peut également jouer sur la zone de l’image qui sera utilisée par le posemètre pour calculer la luminosité d’une scène, ou encore forcer une exposition plus sombre ou plus claire que ce que propose le posemètre de l’appareil, avec la fonction de compensation d’exposition.

Les réglages P, A, S, M

  • Le réglage P (P pour Programme) : l’appareil photo va calculer automatiquement, pour une bonne exposition, la vitesse d’obturation ET l’ouverture du diaphragme.
  • Le réglage A, dit aussi priorité ouverture (A pour Aperture, c’est à dire Ouverture en anglais) : vous choisissez manuellement l’ouverture du diaphragme, selon que vous ayez besoin d’une petite ou d’une grande profondeur de champ, et l’appareil calcule automatiquement la vitesse d’obturation correspondante en fonction de la luminosité de la scène.
  • Le réglage S, dit aussi priorité vitesse (S pour Speed, c’est à dire Vitesse en anglais) : vous choisissez manuellement la vitesse d’obturation, et l’appareil photo calcule automatiquement l’ouverture du diaphragme correspondante, là aussi en fonction de la luminosité de la scène.
  • Le réglage M (M pour Manuel): l’ouverture du diaphragme et la vitesse d’obturation sont réglés tous les deux manuellement par le photographe. Dans cette situation, l’utilisation d’un posemètre est indispensable pour pouvoir doser correctement l’exposition de la photo. Ce mode me semble plus adapté à des besoins particuliers, comme par exemple la photographie en studio, où l’ensemble de l’éclairage d’une scène à photographier est maîtrisé.

Les réglages priorité à l’ouverture (A) et programme (P) sont ceux que j’utilise le plus souvent. L’intérêt principal du réglage de la priorité à l’ouverture, est de jouer sur la profondeur de champ. La profondeur de champ est un phénomène optique simple :

  • si vous utilisez une grande ouverture, par exemple f2.8, l’objectif laissera passer beaucoup de lumière. C’est idéal pour une scène sombre par exemple. Cependant, avec une grande ouverture, tous les éléments de la scène situés devant et derrière l’objet sur lequel l’appareil photo fait la mise au point seront plus ou moins flous, selon leur distance. Il s’agit de la profondeur de champ, qui est très courte dans le cas présent. Cet effet de flou artistique est d’ailleurs souvent recherché, pour son esthétisme tout d’abord, et aussi parce qu’il permet de mettre en valeur le sujet (seul élément de l’image à rester net). Dans l’exemple du tutoriel précédent, la photo de la branche de cerisier a été prise avec une ouverture de f2.8, et donc une faible profondeur de champs.
  • à l’inverse, vous voulez photographier un paysage, en ayant un premier plan et un arrière plan tous les deux très nets. Vous allez devoir fermer l’objectif, à f11, f16, voire plus... Plus l’ouverture de l’objectif sera réduite, plus la profondeur de champ sera grande, et la quasi totalité de la scène pourra être nette. La contrepartie : plus vous fermez le diaphragme, moins il y a de lumière qui traverse l’objectif. Donc il faut compenser en augmentant la durée d’exposition. Et en dessous d’un certain seuil (en général en dessous de 1/30° de secondes), l’usage du trépied s’avère indispensable. Là aussi, l’exemple pris dans le tutoriel précédent permet de comprendre l’intérêt d’une photo prise avec une grande profondeur de champs : avec un diaphragme fermé à f22, le premier plan et l’arrière plan sont tous les deux nets sur la photographie.
Deux précisions concernant l’ouverture du diaphragme :
  • évitez de fermer au maximum votre diaphragme, car une autre phénomène optique va entrer en jeu, la diffraction. Cela va dégrader la qualité de l’image, il est donc conseillé de rester deux ou trois crans en-dessous de la valeur f maximum de votre objectif.
  • gardez aussi à l’esprit, pour les utilisateurs de reflex, qu’une valeur élevée (f16 par exemple), va rendre bien plus visibles les éventuelles poussières qui auront pu se déposer sur votre capteur…


La mesure de l’exposition

La plupart des posemètres intégrés aux appareils photos récents, et notamment des appareils numériques, proposent trois modes de mesure de l’exposition d’une scène. Je ne vais ici les décrire que sommairement. Pour plus de précisions, vous pouvez vous référer à la notice de votre appareil.

  • la mesure matricielle : cette mesure est la plus utilisée. L’appareil mesure la luminosité sur la totalité de la scène.
  • la mesure pondérée centrale : avec ce réglage, le posemètre de l’appareil va prendre en compte la totalité de la scène, mais en donnant la priorité à la zone située au centre de l’image. Elle est utile dans les situations de fort contraste, afin d’exposer en priorité le sujet.
  • la mesure ponctuelle (ou point) : mesure la luminosité uniquement à partir d’un point précis de la scène. Elle peut être utile dans des situations difficiles, avec de très forts contrastes, par exemple pour exposer correctement un chanteur sur une scène de concert (dans cette situation avec une mesure matricielle, le chanteur serait sur-exposé).

Il faut également préciser que les appareils numériques permettent d’obtenir un histogramme de l’exposition d’une photo. Cet outil permet de savoir si la photo a été correctement exposée : la courbe ne doit pas être décalée trop à gauche (trop sombre) ou trop à droite (trop claire). Notez que la forme générale de la courbe doit ressembler à une petite montagne ou colline : si la colline semble dépasser les limites à gauche ou à droite l’histogramme, des informations sur la photo seront irrémédiablement perdues.
L’histogramme d’exposition a aussi un grand intérêt lors des prises de vues en plein soleil, car il est difficile dans cette situation de se rendre compte du rendu d’une photo sur l’écran LCD de l’appareil.

La compensation d’exposition

Une fonction très utile pour affiner l’exposition d’une photo. Les réglages par défaut du posemètre intégré d’un appareil photo peuvent ne pas convenir à certaines situations particulières, ou même plus simplement à vos goûts. La compensation d’exposition permet d’adapter l’exposition en fonction du résultat souhaité. Elle consiste à forcer une exposition un peu plus sombre ou un peu plus claire, souvent par incréments de 1/3 d’ouverture en plus ou en moins de celle calculée par le posemètre de l’appareil. Ainsi, une photo prise avec une compensation d’exposition de EV -1, sera plus sombre (comme si le diaphragme avait été fermé « d’un cran »), et une compensation d’exposition de EV +1 sera à l’inverse beaucoup plus claire.

Les appareils les plus performants (reflex…) permettent de prendre plusieurs photos avec plusieurs réglages d’exposition, par exemple une photo avec une exposition normale, une photo plus sombre, et une troisième plus claire. On parle ici de « bracketing » d’exposition. Cette technique permet de s’assurer dans les situations difficiles (forts contrastes…), d’avoir une photo qui soit correctement exposée sur le lot.

Peut-on récupérer une photo sur ou sous-exposée ?

Une photo sous-exposée est trop sombre. Une photo sur-exposée est trop claire. Il est souvent possible, avec des logiciels adaptés, de rattraper les défauts de ces photos. Soit en éclaircissant les zones de l’image qui trop sombres (on parle parfois de déboucher les ombres), soit en assombrissant les zones de l’image trop claires. Cependant, au-delà d’une certaine limite, les zones sur ou sous-exposées ne contiennent plus d’information sur l’image (on parle par exemple des zones « brûlées » de l’image pour les photos sur-exposées), il est alors impossible de rattraper le défaut. Comme indiqué quelques lignes plus haut, c’est justement ce qui arrive lorsqu’une partie de la courbe de l’histogramme d’exposition d’une photo dépasse les limites de celui-ci.

En numérique, si votre appareil le permet, prenez toujours vos photos en RAW. Les photos étant codées sur 12 ou 14 bits, contre 8 bits pour les fichiers jpeg, ces fichiers contiennent beaucoup plus d’informations qu’une simple image jpeg. Le nombre de nuances de couleurs est beaucoup plus élevé, et vous avez une marge de manœuvre bien plus importante pour rattraper les éventuelles erreurs d’expositions, ou les situations très contrastées. Le seul inconvénient est de devoir passer par un ordinateur pour convertir les fichiers raw en images jpeg. Un avantage du raw est aussi de pouvoir profiter de la puissance de traitement de certains logiciels spécialisés (tels que DxO, Lightroom…), logiciels qui peuvent faire de vraies merveilles…

La qualité de la lumière

Ici, le concept de qualité de la lumière est bien plus subjectif. Il s’agit du rendu que peut avoir une photographie en fonction d’une luminosité d’une scène. Par exemple, s’agissant de lumière naturelle, photographiez exactement le même paysage le matin peu après le lever du soleil, puis sous la lumière relativement dure du soleil de mi-journée (surtout en été), puis sous un soleil légèrement voilé par de fins nuages d’altitude, et enfin par temps nuageux ou sous la pluie. Vous aurez 4 photos du même paysage, mais aucune ne se ressemblera, car la lumière qui éclaire la scène est totalement différente :

  • une source de lumière chaude, douce, et basse sur l’horizon au lever et au coucher du soleil. Cette lumière basse sur l’horizon met aussi en évidence les reliefs et détails d’un paysage.
  • une source de lumière dure et quasi verticale en mi-journée, surtout l’été, qui donne des contrastes parfois violents entre les zones ensoleillées de la scène et les zones ombragées. Cette lumière verticale a également tendance à « écraser » le paysage.
  • une source de lumière diffuse : j’aime bien par exemple lorsque le soleil est voilé en profiter pour photographier des fleurs, car les couleurs ressortent bien, sans que le contraste ne soit trop élevé,
  • une source de lumière faible et diffuse : lorsqu’il pleut, tout est plus sombre, les couleurs ressortent moins, mais l’ambiance peut être malgré tout très photogénique. Ces situations conviennent souvent à la photographie de paysages urbains.

Les filtres

On peut améliorer le rendu de certaines photographies en utilisant des filtres. Les plus courants sont le filtre UV et le filtre polarisant.

Le filtre UV

Le filtre UV, qui est de teinte neutre sert à diminuer les effets des UV, qui sont la cause d’effets bleutés, notamment dans les paysages lointains. Cela se voit lors des prises de vue par temps ensoleillé en altitude ou en bord de mer. Cela dit, beaucoup d’objectifs récents sont censés être déjà traités pour filtrer les UV.

Le filtre UV est aussi couramment utilisé pour protéger la lentille frontale de l’objectif des rayures et des petits coups : remplacer un filtre UV rayé revient moins cher que de faire réparer un objectif… De même, en nettoyant un filtre UV sale ou empoussiéré plutôt que la lentille frontale de l’objectif, on limite le risque de rayer cette dernière.

Cela dit, si vous laissez un filtre UV en permanence sur votre objectif, évitez les premiers prix, et choisissez en un qui soit traité anti-reflet.

Le filtre polarisant

Le filtre polarisant va être utilisé pour supprimer les reflets parasites :

  • Il permet de diminuer l’effet bleuté causé par la brume atmosphérique dans le paysage lointain,
  • Il permet par temps ensoleillé d’accentuer la saturation du ciel, ou des feuilles d’un arbre.
  • Il est également très utile pour supprimer les reflets à la surface de l’eau ou d’une vitre.

Gardez toutefois à l’esprit que le résultat de ce filtre va dépendre de votre orientation par rapport à la source de lumière. Vous obtiendrez un effet maximal en orientant l’appareil photo à 90° par rapport à la source de lumière (le soleil).

Pour les appareils numériques, l’utilisation d’un filtre polarisant circulaire est nécessaire.

L’utilisation du filtre polarisant est assez simple : il suffit d’appliquer une rotation sur la bague du filtre pour doser l’effet polarisant.

Notez que le filtre polarisant diminue la quantité de lumière qui passe à travers l’objectif de 2 à 3 ouvertures.

Autre conseil : avant d’installer le filtre polarisant sur votre objectif, retirez tout autre filtre déjà en place (notamment le filtre UV). En effet, l’association des deux filtres, fixés l’un sur l’autre, peut créer un vignetage sur la photo.

Les apports de lumière artificielle

Il est toujours possible de compenser la faible luminosité d’une scène, soit en utilisant un flash, soit d’autres sources de lumière (éclairages de studio par exemple). Je ne m’étendrais pour l’instant pas sur le sujet, tout simplement parce que je n’en utilise quasiment jamais : je préfère me contenter de la luminosité naturelle d’une scène (même en intérieur).

Les règles de composition :

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7 réponses sur “L’exposition”

  1. Merci pour ces conseils, cet article est ludique et illustre par de belles photos…
    Merci d’eclairer de maniere simple les concepts basiques de la photographie!

  2. Félicitation pour tous les conseils de votre blog. J’ai lu « les règles de la composition » d’un seul jet et j’ai appris beaucoup, merci. Je ne sais pas si c’est l’endroit pour une question mais bon je me lance. Lors d’une photo au travers de… supposons un avant plan rond roue, pneu, est-ce que la règle des tiers s’applique à l’ensemble de la photo ou seulement au sujet à l’intérieur?
    Encore félicitation pour votre site.

    1. Merci. La règle des tiers est utilisée pour mettre en valeur le sujet, ou attirer plus facilement le regard vers le sujet ou un élément d’une scène, dans un cadre habituellement rectangulaire. Cependant votre exemple est un cas particulier, le pneu faisant office de cadre circulaire à la photo. Et dans le cas, le point fort de l’image serait plutôt situé au centre de l’image.

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